Aicha Aherdane
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*A l’occasion d’une exposition du peintre Aicha Aherdane à Rabat
*Aicha Aherdane ou l’amour du détail
*Un art sensoriel
*نور الدين فاتحي
*Eric Destobbeleire

A l’occasion d’une exposition du peintre Aicha Aherdane à Rabat

On ne peut que féliciter l’institution marocaine qui a eu l’initiative de concevoir les affiches venant orner les murs du métro parisien avec ce slogan : « il y a un pays qui favorise l’expansion de l’âme ».

L’âme, ce souffle, cette respiration intime,… vie, esprit !

C’est l’âme de tout un pays qui favorise ce principe immatériel de la vie et vivifie le monde éprit de vérité dans un ensemble de facultés morales et intellectuelles, et si l’âme humaine peut tout se représenter par la pensée, les yeux en sont le miroir.

Si la main, bien éduquée peut transcrire sans obstacle cette pensée alors nous rencontrons l’artiste pleinement.

D’éducation berbère Madame Aicha Aherdane, est une artiste réalise comme un artisan et son raffinement extrême est un éblouissement de la coquetterie féminine la plus sublimée.

Son âme féminine, dilatation de l’âme des femmes marocaines, se complet à la représenter parée et mystérieuse .

C’est un spectacle harmonieux aux ardeurs d’un Orient adouci de caprices occidentaux qu’a fait, pour nous, se dérouler la femme marocaine, la plus libre des artistes qui connait toutes les ruses de l’art et n’ignore rien de ce qui peut donner forme durable à la fugacité des rêves et des sentiments.

Ces œuvres sont une interprétation sensitive et sentimentale de la femme.

Certes Madame Aicha Aherdane n’a pas choisi ses modèles pour ses portraits, elle a travaillé sur La Femme Idéale, sa silhouette et sa parure, leur beauté n’est pas à chercher « en dehors des moyens même de la peinture » comme l’écrivait Emile Bernard, mais bien dans les lignes, les valeurs, le coloris, la pâte, le style, la présentation, le caractère, et la nous sommes loin d’une beauté convenue et matérielle, dans toutes ces nuances qu’elle a discernées d’un œil non moins aigu que patient et réalisées d’une main singulièrement perspicace. L’artiste d’ailleurs ne parait pas sensible à abandonner les règles qu’elle s’est fixées, mais le jeu des valeurs et certains rapports de tons délicats, soyeux, aussi précis qu’une dentelle et serrés comme une broderie, indiquent bien qu’elle attache une extrême importance à ne savoir jamais assez son métier.

C’est certainement cela qui la pousse à recommencer sans cesse à suggérer dans ses portraits les dessous de la vie de ces femmes dans lesquelles, peut-être, elle se cherche elle-même.

« L’art artisanal a de tous temps joué un rôle fondamental dans les sociétés humaines. Par son pouvoir de cohésion et la manière dont il imprègne les relations humaines, il l’emporte même sur le langage » a écrit Kamaladevi Chattopadhyay, un des chefs de file du mouvement de renaissance culturelle de l’Inde et auteur de divers ouvrages consacrés à l’art et aux problèmes sociaux, il avait pour but d’ennoblir le banal et l’âme de la femme a su développer l’envie de s’embellir et de paraitre, habile de ses mains et imaginative elle pu fabriquer vêtements et bijoux afin que leur emploi  dans la vie quotidienne conférât un certain prestige. Il en résulte un continuel jaillissement de l’esprit d’invention, un souffle constant de vie et de fraicheur propre à dissiper la monotonie et l’ennui.

C’est cela que Madame Aicha Aherdane a voulu perpétuer pour notre bonheur.

Mais si la beauté de ces parures repose le regard, elle nous entraine aussi dans le monde mystérieux de la femme, complexe à l’infini, avec ses yeux fermés et comme engloutie sous une exubérance de beauté.

Là est la vraie Aicha Aherdane qui sent revenir en elle son âme et sa culture Amazigh qui lui ont appris à voir dans l’univers visible et invisible, dans les lignes, dans les formes et les couleurs, dans les sons aussi, dans sa langue berbère, dans l’ordonnance des pensées, dans la lecture du monde de l’Atlas dans la mesure de ses dimensions et de ses rythmes, dans les plus subtils replis du cœur humain comme dans le mystère insondable de l’amour divin, ce qu’elle a vu traduit avec un extrême soucis de justesse et de précision avec une force dont le caractère berbère est tempéré par sa féminité, de discrétion, de piété, de subtile tendresse et qui nous apparait extraordinairement neuf à force de simplicité.

Il n’y a, dans l’œuvre ici présentée de Madame Aicha Aherdane, ni folklore ni recherche de mode, son érudition d’expérience, sa curiosité fervente et ardente du passé ne l’encombre ni la gène, elle a sa manière à elle de s’exprimer à travers une technique où le sérieux et la ténacité de l’expression, où se mêle parfois comme un peu de gaucherie, une sorte de tremblement contenu, dominé. Il y a ici humilité, patience et réflexion.

Il faut s’imaginer l’artiste penché sur son ouvrage, cherchant à retracer du bout de son pinceau ce que femme elle conçoit et aime bien, ces fines dentelles et ces  broderies enrichies, ces voiles imprimés et ces pendeloques ingénieusement assemblées dans une douce monochromie de bleu, d’orange, de violacé et de rouges fondus qui couvrent les visages, les cous et les bustes et dont la féminité est notée parfois par la figuration d’un souci surdimensionné et agressif.

On sent que l’artiste qui veut une belle œuvre n’a pas peint hâtivement. Elle prolonge par là le lent travail du bijoutier, du tisserand, du passementier et de la dentellière car une œuvre belle est difficile à faire.

C’est André Masson dans son « Plaisir de peindre » qui affirma : « Pourquoi m’abstenir de peindre les signes certains de la vie, magnifier le geste le plus rare, l’exquisité, et de donner au quotidien le reflet de l’insolite, mais aussi savoir me contenter de la parcelle la plus fortuite de l’instant ? Qu’il me suffise d’un frisson d’aile, d’un air de pervenche, d’un vol d’écume pour qu’en moi-même s’ouvre le monde ».

L’âme de Madame Aicha Aherdane, douée du plus grand nombre possible de qualités féminines, source de son art complexe, à la fois cérébral et sensuel lui confère une place à part dans le mouvement pictural marocain et ce n’est que justice.

Daniel Couturier

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